1709: Turcaret, the forefather of the delinquants of finance

An interesting article in Le Monde of today about an almost unknown French theater play dealing with the world of finance just 10 years before the scandal of Law and the South Sea Bubble.

Quelle que soit l’époque, les financiers et les hommes d’argent ne goûtent guère la critique. Ainsi, Turcaret, d’Alain-René Lesage (1668-1747) pièce féroce et cynique sur l’affairisme et le naufrage des valeurs morales au début du XVIIIe siècle, est d’abord l’histoire d’une tentative de censure. Furieux en effet de se voir dépeints, sous les traits du financier Turcaret, en usuriers sans scrupules, obsédés par l’argent, vaniteux, fourbes et nuisibles à leurs contemporains, mécontents d’être ainsi désignés à la vindicte populaire, les milieux d’affaires firent pression sur la Comédie-Française pour empêcher les représentations. Ils offrirent même à l’auteur une grosse somme d’argent, murmura la rumeur publique, afin qu’il retire sa pièce.

L’intervention du Dauphin, le fils de Louis XIV, en 1708, demandant de “faire jouer incessamment” fut décisive. Elle permit de faire donner une pièce dont la tonalité arrangeait un pouvoir politique empêtré dans la longue et coûteuse guerre de succession d’Espagne (1702-1714) et de plus confronté à la misère et aux famines. Mais cela ne suffit pas à désarmer la cabale. Turcaret fut rapidement ôté de l’affiche de la Comédie-Française. Et Lesage poursuivit sa carrière hors des salles officielles.

L’intrigue de Turcaret, satire sociale pétillante et débridée, se résume à un “ricochet de fourberies”, comme le souligne dans le texte le valet Frontin. Ainsi, Turcaret, ancien domestique devenu riche financier, fait profiter de son opulence vite et mal acquise à une Baronne qu’il aime, et qui en fait à son tour bénéficier un jeune chevalier dont elle est éprise. Trompé par tous, puis ruiné, Turcaret finit aux mains de la justice tandis que le valet Frontin, justement, le plus malin, empoche son argent… “J’admire le train de la vie humaine, dit le même Frontin, philosophe et cynique ; nous plumons une coquette (la Baronne), la coquette mange un homme d’affaires (Turcaret), l’homme d’affaires en pille d’autres.”

Si la pièce fit mouche, c’est parce qu’elle captait avec justesse, et sans doute pour la première fois de manière aussi crue, les désordres de l’époque : d’un côté, le désespoir de classes populaires miséreuses, accablées par le poids des impôts, souffrant de faim et de froid au cours du terrible hiver 1708-1709 ; de l’autre, l’insolente prospérité d’un groupe social à part, devenu alors tout-puissant, les financiers, appelés à l’époque “les traitants” ou “les fermiers généraux”, qui fournissaient de l’argent au roi et aux nobles et se remboursaient, avec brutalité, auprès du peuple. L’interminable fin de règne de Louis XIV est marquée par de violents soulèvements populaires contre ces “gens d’argent”, ces nantis.

Or “le public aime rire aux dépens de ce qui le fait pleurer”, fait dire Lesage à l’un des personnages principaux de sa Critique de la comédie de Turcaret par le diable boiteux, un petit texte publié en 1709, pour défendre sa pièce face à ses détracteurs.

Ancrée dans son époque, Turcaret reste aussi une pièce terriblement moderne, qui mérite sûrement mieux que d’être rangée dans l’armoire des classiques méconnus, oubliés dans l’ombre des chefs-d’oeuvre de Molière et de Marivaux, étiquette dont on aime à la gratifier. Peut-être un peu plus difficile d’accès que, par exemple, Le Bourgeois gentilhomme – auquel Lesage emprunte d’ailleurs certains traits pour son Turcaret, souligne Philippe Hourcade dans sa présentation (GF Flammarion, 1998) -, cette comédie constitue l’une des toutes premières pièces de théâtre à avoir fait de l’argent son propos central et unique. A avoir prédit l’inévitable naufrage d’une société tout entière tournée vers la quête effrénée du profit.

“Turcaret est la première pièce française dont le moteur principal est l’argent”, écrit, en 1960, le journaliste de L’Express Robert Kanters, cité par Pierre Frantz, professeur à l’université de Paris-IV-Sorbonne, dans une édition de Turcaret parue en 2003 (Gallimard, “Folio théâtre”, 223 p., 5 euros). “Ce n’est plus l’argent que l’avare enferme dans sa cassette, poursuit Kanters, mais l’argent qui passe de main en main, qui court et fait courir tout le monde, du financier véreux aux valets escrocs, de la jeune femme entretenue au gigolo qui gagne au lit ce qu’il va perdre au jeu (…). Turcaret, c’est la dolce vita de 1709, et c’est la nôtre.”

Cette critique audacieuse de la pièce sonne très juste. Le Turcaret de Lesage annonce le règne de l’argent et de la spéculation, celui des prédateurs de la finance, des richesses ostentatoires, l’avènement d’une société cynique et corrompue où l’homme perd tous ses repères et qui, de loin en loin, est secoué par des crises financières violentes mais, sans doute aussi, salutaires…

“Plus qu’un escroc, Turcaret, avec sa dureté, ses mensonges, sa vanité, est le symbole de toute la violence exercée par les gens d’argent. Violence destructrice de la société en vérité”, écrit pour sa part Pierre Frantz. “Lesage, auteur anticonformiste mais aussi, visionnaire ? Turcaret, brigand “universel” ? De fait, il ne faut pas beaucoup d’imagination pour voir en Turcaret l’ancêtre des escrocs contemporains de notre société capitaliste moderne – dont l’actualité est, ces temps-ci, sur fond de crise financière, de fortunes scandaleuses et “d’affaires” en tout genre, plutôt riche.

Anne Michel

2 Responses to 1709: Turcaret, the forefather of the delinquants of finance

  1. Emil says:

    Turcadet in title … should be Turcaret, or else Google will get confused

  2. Ben says:

    thanks

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